Portrait d’une entrepreneuse engagée dans le cinéma

Mamounata Nikièma

Burkina Faso

Mamounata Nikièma, portrait d’une entrepreneuse engagée dans le cinéma


En octobre 2017, Mamounata Nikièma, réalisatrice et productrice burkinabé, entrepreneuse passionnée et infatigable porte-voix d’un cinéma qui se raconte depuis le continent africain, était une des trois lauréates du programme B-Faso Creative.

B-Faso Creative est un programme pilote lancé par l’asbl Africalia, en collaboration avec l’Ambassade royale du Danemark au Burkina Faso, afin de renforcer les compétences des entrepreneurs des industries culturelles et créatives au Burkina Faso. Mamounata Nikièma a été soutenue dans son projet de lancement d’une plateforme de cinéma et d’audiovisuel, composée de services en ligne à destination des professionnels, et d’informations sur l’actualité de ce secteur, accessibles à tout public.

Présentation de la plateforme Sulunsuku, et de sa créatrice, Mamounata Nikièma.

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Formée en communication pour le développement à l’Université de Ouagadougou, Mamounata Nikièma tombe très vite dans le bain du cinéma et se spécialise par l’obtention d‘un master 2 en réalisation documentaire de création en 2008, à Saint Louis du Sénégal, mis en place par le programme Africadoc. Après plusieurs expériences comme réalisatrice, de courts métrages documentaires et d’un moyen métrage, elle monte sa propre société de production, Pilumpiku Production en 2011. « En tant que réalisatrice, je sentais la nécessité qu’il y ait une structure à côté qui puisse accompagner les porteurs de projets. » Production de fictions et de documentaires, réalisation, organisation de formations, consultations sur des projets, les activités de Pilumpiku sont plurielles, à l’image de sa fondatrice qui porte plusieurs casquettes. Réalisatrice, technicienne de l’image et productrice, Mamounata Nikièma n’économise ni son temps ni son énergie pour faire exister ce en quoi elle croit : « (…) je vais dans des rencontres de coproductions, je m’intéresse à des projets et j’accompagne les projets de réalisateurs ». Productrice engagée, elle souhaite ardemment répondre à un besoin d’accompagnement des professionnels du secteur, et participer ainsi à la création d’un réseau professionnel des auteurs-réalisateurs bukinabè, africains, international. Pilumpiku Production compte plusieurs films à son actif : documentaires, séries documentaires et fictions, en co-production avec des pays d’Afrique de l’Ouest en majorité, mais aussi avec des partenaires français.

B-Faso Creative, la formation déclic

Avec sa casquette de réalisatrice, Mamounata Nikièma, après plusieurs courts métrages, réalise son premier moyen métrage « Savoir Raison Garder » de 54 minutes en 2011 sur l’élection présidentielle de 2010 au Burkina Faso. Elle participe en tant que co-réalisatrice, coproductrice et protagoniste dans le film collectif « Lumière d’Octobre ». Ce film de 75 minutes sorti en 2015 sur le soulèvement populaire burkinabè d’octobre 2014 a été une coproduction France/Burkina Faso. En 2015, sous sa casquette de productrice cette fois, elle obtient une aide de 15.000 euros du Fonds Image Francophonie pour la production du film de Marie Laurentine Bayala, « La lutte continue ». C’est en véritable entrepreneuse qu’elle décide de postuler au programme B-Faso Creative en 2017 : il était temps pour elle de trouver les ailes à un projet de magazine, en gestation depuis plusieurs années.

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Crédits : Warren Sare

Enthousiasmée par la variété et la qualité des intervenants invités de B-Faso Creative, par leurs connaissances de terrain en prises directes avec ses propres réalités, Mamounata Nikièma a eu le déclic. « Le module qui m’a beaucoup intéressé et qui a influencé mon projet tel que je le concevais est le marketing digital. Je pensais mon projet depuis 2014 sous format papier (…) j’ai eu comme un déclic. Je me suis dit voilà la possibilité de faire naître ce projet à un coût moindre que le support papier, qui coûte très cher (…) ». Son projet est né avec B-Faso Creative : ce sera Sulunsuku, une plateforme regroupant des informations du secteur cinématographique et audiovisuel au Burkina Faso et en Afrique. Grâce à un incitant d’un montant de 3.000 euros, Mamounata lance le développement de sa plateforme avec l’aide d’un programmateur et d’un webmaster. Elle rassemble une équipe de journalistes et se lance dans la publication d’articles mettant en avant non seulement les parcours de personnalités, mais valorisant également les métiers « de l’ombre », les techniciens notamment, et donnant le micro à celles et ceux qui marquent leurs premiers pas de futurs prometteurs. Un répertoire de contacts des professionnels du secteur est en cours d’élaboration, avec pour objectif de faire valoir les compétences de chacun.e, et ouvrir un espace d’accès à des professionnels, afin de sortir d’une logique d’embauche informelle qui privilégie le travail par l’intermédiaire de relations. « Cette plateforme va permettre de réorganiser le système de circulation des opportunités (…) là tu as ton profil avec ton adresse mail où on peut directement t’écrire, tout le monde peut solliciter tes compétences (…) pour moi quelque part ça donne plus de chances aux professionnels de travailler. » A termes, Mamounata souhaite également développer des services en ligne qui assureront une rentrée d’argent via des vidéos de formation thématiques, notamment.

Une femme engagée

La profession peut compter sur Mamounata Nikièma pour faire bouger les choses au Burkina Faso ! Son implication dans le réseau cinématographique burkinabé est infaillible : secrétaire générale de l’association Africadoc Burkina de 2009 à 2014, présidente actuelle de l’Association des Producteurs de Cinéma et de l’audiovisuel, membre du répertoire Ouaga Producers Lab, elle fait partager son enthousiasme et son dynamisme à tout un secteur d’activité. Entrepreneuse et créatrice, Mamounata Nikièma fait partie de ses femmes qui ouvrent de nouvelles voies au cinéma indépendant africain, et qui trouve un écho auprès du public. Preuve en est, « Au Fantôme du père » de Marie Laurentine Bayala, produit par Pilumpiku Production, a été récompensé du Prix du Public au Festival des Identités Culturelles de Ouagadougou en novembre 2018. Un film réalisé et produit au Burkina Faso, distribué par une entreprise française, SUDU CONNEXION, fondée par la journaliste franco-burkinabé Claire Diao. Mamounata Nikièma est actuellement en pleine production de son premier long métrage documentaire sur l’immigration intitulé « Paris est mon jardin », une autre coproduction France/Burkina Faso.

Créativité et volonté d’entreprendre sont dans la place, et les femmes sont en tête. Bonne suite à vous !

par Annabelle Giudice

Lien vers la plateforme Sulunsuku : https://www.sulunsuku.com

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