[Article only available in French.] L’Espace Culturel Ngoma de Kisangani a vibré du 21 au 26 septembre 2026, au rythme du théâtre, de la danse, de la musique, du slam et de l’humour. Pour sa seizième édition, le Festival Ngoma a réuni des artistes de plusieurs horizons autour du thème « L’art au cœur des communautés ». Derrière les spectacles et les applaudissements, ce rendez-vous culturel porte une ambition qui dépasse largement les quelques jours de représentation : faire de la culture un outil de développement, renforcer les capacités des artistes locaux et donner une nouvelle impulsion au secteur des arts de la scène dans le Pôle Culturel Est, réunissant les villes de Kisangani, d’Isiro, de Bunia , de Goma et de Bukavu.
Par Pompon Beyokobana
Organisé par le Groupe Taccems avec l’accompagnement d’Africalia, depuis sa création en 2010, le Festival Ngoma s’est progressivement imposé comme un espace de création, de rencontre et de diffusion. Chaque année, il rapproche les artistes du public boyomais, tout en offrant aux artistes l’occasion de présenter leurs œuvres, de confronter leurs expériences et de nouer des relations professionnelles. Pour le Groupe Taccems, cette démarche répond à une conviction : la culture doit pouvoir s’exprimer au plus près des communautés et trouver sa place dans leur quotidien.
Olivier Maloba Banza, directeur artistique du Groupe Taccems, explique que le Festival Ngoma est né de la volonté de créer à Kisangani un espace permanent consacré à la rencontre, à la création et à la diffusion des arts de la scène. L’idée était également de réunir des artistes issus de différentes disciplines et de divers horizons, avec une attention particulière accordée aux créateurs de l’est du pays.
La sélection des participants repose avant tout sur la qualité des propositions artistiques, leur pertinence par rapport à la programmation et leur capacité à entrer en dialogue avec le public. Les artistes de Kisangani et des provinces voisines occupent une place importante dans cette démarche. Leur participation ne se limite pas aux représentations : ils interviennent aussi dans l’organisation, la médiation, la communication, les activités techniques et les formations destinées à renforcer leurs compétences.
« Nous accordons également une place importante aux artistes de Kisangani et de la région Est de la RDC. Les acteurs locaux participent à la programmation, à l’organisation, à la médiation, à la communication, à la technique et aux activités de formation qui renforcent les capacités artistiques des artistes boyomais », précise Olivier Maloba Banza.
Un véritable outil de développement culturel
Au fil des éditions, le festival a aussi développé des retombées qui dépassent le milieu artistique. Son organisation mobilise des artistes, des techniciens, des régisseurs, des administrateurs, des communicateurs, mais aussi des transporteurs, des hôteliers et différents prestataires de services. Ces activités génèrent des emplois ponctuels et font tourner plusieurs secteurs de l’économie locale, dans une ville où les initiatives culturelles peinent encore à accéder à des financements réguliers.
C’est dans cette perspective que le partenariat avec Africalia occupe une place particulière. Pour le directeur artistique du Groupe Taccems, cet accompagnement a permis de mieux structurer le festival et d’améliorer les conditions de travail des artistes et des équipes. Il concerne notamment la mobilité, la programmation, les aspects techniques, la communication, la professionnalisation et le renforcement des capacités.
« Au-delà du financement, cette collaboration contribue à inscrire le Festival Ngoma dans une dynamique de développement durable du secteur culturel », souligne-t-il.
Pour Olivier Maloba Banza, l’enjeu ne consiste pas seulement à organiser un événement annuel, mais à laisser un héritage aux générations futures. Le Groupe Taccems entend transmettre des compétences, consolider des réseaux professionnels et installer des pratiques qui permettront aux artistes de poursuivre leur travail au-delà du festival. L’ambition est de faire du Festival Ngoma un véritable outil de développement culturel, capable de soutenir les jeunes talents, de favoriser la circulation des œuvres et de contribuer, à terme, à l’amélioration des infrastructures dédiées à la culture.
L’absence d’un tel rendez-vous priverait Kisangani d’un espace de rencontre entre artistes, publics et professionnels, mais aussi d’une occasion de découvrir des créations venues d’autres régions et d’autres pays. C’est pourquoi le directeur artistique considère que la continuité du festival représente un enjeu pour toute la communauté culturelle boyomaise.
Il retient surtout de la collaboration avec Africalia la confiance construite au fil des années et la possibilité, pour le Groupe Taccems, de renforcer progressivement ses capacités. Un partenariat qui, selon lui, a permis au festival de grandir malgré les contraintes propres à l’environnement local.
L’éloignement géographique, le coût élevé des déplacements, la faiblesse des infrastructures et l’accès limité aux ressources financières continuent de compliquer l’organisation des activités culturelles à Kisangani. Les coupures d’électricité constituent également un obstacle récurrent pour les équipes techniques et les artistes. « Mais ces difficultés renforcent aussi notre détermination à construire des solutions adaptées au contexte de Kisangani », affirme Olivier Maloba Banza.
Fédérer les acteurs culturels de la région
Du côté d’Africalia, l’accompagnement du Groupe Taccems s’inscrit dans une démarche qui dépasse le seul Festival Ngoma. Magalie Kisukurume, gestionnaire du programme RDC au sein de cette organisation belge, explique que le soutien accordé au Groupe Taccems relève du programme financé par la Direction générale du développement et de l’aide humanitaire belge, rattachée au ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.
Africalia travaille avec quatre organisations partenaires en RDC, dans une logique de structuration et de développement du secteur culturel. Le choix du Groupe Taccems répond notamment à sa capacité à fédérer des acteurs au-delà de Kisangani. À travers le réseau Pôle Culturel Est, le groupe accompagne des collectifs d’artistes établis à Isiro, à Kisangani, à Goma, à Bunia et à Bukavu.
« La RDC est un grand pays. Il fallait faire un choix de partenaires capables de soutenir et d’accompagner d’autres opérateurs culturels », explique Magalie Kisukurume, l’objectif est de travailler avec le Groupe Taccems sur les activités menées au sein de ces collectifs, notamment les semaines culturelles organisées à la fin de chaque année.
Elle décrit le Festival Ngoma comme un événement singulier dans le paysage culturel de Kisangani, en raison de sa capacité à réunir, sur une même scène et pendant une semaine, le théâtre, l’humour, la danse et la musique. Une diversité qui permet de toucher différents publics et de donner de la visibilité à des formes d’expression parfois peu représentées dans les circuits culturels habituels.
Cette édition s’est cependant déroulée dans un contexte difficile. La crise sanitaire liée à Ebola à Kisangani, à laquelle s’ajoutent les conséquences de l’insécurité dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, a pesé sur les conditions d’organisation et de participation. Pour Africalia, ces réalités rappellent les difficultés auxquelles sont confrontés les opérateurs culturels de la région.
Un accompagnement ciblé pour un impact à grande échelle
Le soutien apporté au Groupe Taccems prend plusieurs formes. Il comprend des ateliers de formation, des séances de partage d’expériences entre partenaires en RDC et un appui financier destiné à la réalisation d’activités culturelles. Africalia apporte également un appui dans la structuration institutionnelle, le renforcement des compétences en production et en diffusion des œuvres, ainsi que la recherche de ressources financières diversifiées.
Les attentes portent autant sur la fréquentation du festival que sur ses retombées professionnelles et économiques. Africalia souhaite voir se développer un public composé de personnes de différents âges et milieux sociaux, tout en permettant aux artistes participants d’acquérir une expérience susceptible de faire progresser leur carrière.
Pour Magalie Kisukurume, la portée du travail accompli par le Groupe Taccems se mesure aussi à sa capacité à accompagner d’autres acteurs culturels. « Le plus grand succès, c’est que cette organisation regarde plus loin. Elle va jusqu’à accompagner les artistes de tout un un réseau. Son impact ne se limite pas seulement à elle-même», fait-elle observer.
Moment de partage et de découverte
Sur scène, cette ambition prend un visage concret à travers les expériences vécues par les artistes. Pour Bintu Mugobe Pascaline, auteure et slameuse ayant pris part à cette seizième édition, le Festival Ngoma restera avant tout un moment de partage et de découverte. Elle se réjouit des rencontres nouées avec d’autres créateurs, des échanges et des connaissances acquises durant les différentes activités.
Au-delà de sa prestation, cette participation lui a permis d’élargir son réseau professionnel, de découvrir de nouvelles approches artistiques et d’enrichir son expérience. Elle y voit une occasion de progresser, de tisser des liens et d’envisager de futures collaborations. Autant d’acquis qui, pour une artiste, comptent parfois autant que les applaudissements du public.
Innocent Bolunda, comédien et metteur en scène, partage cette satisfaction. Heureux d’avoir participé au festival, il retient l’occasion de présenter son travail, de partager sa passion avec d’autres artistes et de vivre des moments de communion avec le public. Son enthousiasme ne l’empêche pas de pointer les difficultés financières auxquelles l’événement reste confronté.
Il plaide pour une augmentation du budget consacré au Festival Ngoma. Des moyens supplémentaires permettraient, selon lui, d’améliorer les conditions de participation des artistes, de renforcer la qualité des productions et de donner une plus grande portée à cette rencontre culturelle.
À Kisangani, le Festival Ngoma continue de tracer son chemin entre création artistique, formation et engagement communautaire. Pour les artistes, il représente une scène et une occasion de se construire professionnellement. Pour le Groupe Taccems, il constitue un projet de transmission et de structuration culturelle. Pour Africalia, il s’inscrit dans une démarche de soutien aux réseaux et opérateurs artistiques de l’Est de la RDC. Trois perspectives qui se rejoignent autour d’une même réalité : faire vivre la culture dans une région où les artistes doivent encore composer avec des moyens limités, mais où leur volonté de créer et de rassembler reste intacte.







©Groupe Taccems
