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Nouvelles & Presse

CDC-La Termitière : danser pour élargir l’horizon

 

Désir d’horizon : danser pour se libérer le corps et l’esprit. Et surtout pour s’épanouir des vicissitudes de la vie de réfugiés. Tel, le but et surtout le résultat d’un atelier organisé récemment dans un de leurs camps au Burkina Faso par un partenaire d’Africalia, le Centre de Développement Chorégraphique (CDC)- La Termitière du 20 février au 6 mars dernier, sous la direction artistique du chorégraphe Salia Sanou. Y ont aussi participé des partenaires du centre burkinabé ainsi que des chorégraphes du Congo (RDC), du Tchad, du Niger et du Burkina. Pareils projets se sont développés dans divers pays de la région. Leur but : diminuer les tensions par le vivre ensemble et favoriser la confiance en soi surtout chez les jeunes. Sanou n’est pas à son coup d’essai, il avait déjà mis sur pied pareil atelier en 2014-2015.

Rentrer la danse dans le camp, c’est aussi  ré-enchanter des espaces souvent d’exclusion  et d’enfermement. C’est ce qu’ont fait Sanou et ses confrères à cet atelier et à plusieurs autres dans la région, avec le soutien d’experts divers notamment en droit ou en sociologie. Pour « restaurer l’espérance ».

Afin d’en savoir plus sur ces ateliers de danse, lisez l’article ci-dessous ou téléchargez le au format pdf en cliquant ici.

 


 

CDC-La Termitière : danser pour élargir l’horizon

Du 20 février au 1er mars 2017 s’est tenue au Centre de Développement Chorégraphique (CDC)-la Termitière de Ouagadougou, une rencontre d’échanges et de formulation de méthodologies pour la conduite d’ateliers artistiques dans les camps de réfugiés. Il s’agit de faire bouger les corps pour reculer les horizons.

Cette rencontre organisée par le CDC-La Termitière en partenariat avec Africalia a vu la participation de chorégraphes venus de la République démocratique du Congo, du Tchad, du Niger et du Burkina. Elle s’inscrit dans le prolongement de Refugee on the move (ROM) qui est un projet initié par la Fondation African Artists for Development dans une dizaine de camps de réfugiés en Afrique. Au Burkina Faso, la direction artistique du projet est assurée par le chorégraphe Salia Sanou. Ce projet a pour objectif d’utiliser la danse contemporaine dans les camps pour renforcer le vivre ensemble et restaurer chez les jeunes réfugiés la confiance en soi.

Le chorégraphe burkinabè avait d’ailleurs conduit, entre octobre 2014 et août 2015, des ateliers de danse dans les camps de Mentao et de Saag-Nioniogo au Burkina Faso ; une telle immersion dans ce milieu-là lui avait inspiré le spectacle Du désir d’horizon dans lequel intervenaient deux jeunes réfugiés. Pour des raisons de visa, ces deux-là n’ont malheureusement pas pu faire la tournée du spectacle en Europe.

Tous les participants à cette rencontre ont conscience que faire entrer la danse dans les camps permet de réenchanter ces territoires d’exil, ces espaces clos où différentes communautés se retrouvent dans une situation qu’elles espèrent provisoire et qui peut se prolonger indéfiniment. Au regard de la situation complexe de ces territoires, il est nécessaire d’y entrer avec précaution, ce qui requiert une démarche méthodologique éprouvée et soucieuse de la dignité humaine. D’où cette rencontre de modélisation des bonnes pratiques.

Les échanges ont été intenses et fructueux. Les chorégraphes Charly Mintya du Tchad, Lucie Kabemba de la République démocratique du Congo, Mamane Sani du Niger et Salia Sanou du Burkina ont raconté leur expérience des camps, leurs succès et leurs difficultés dans la conduite d’ateliers en ces lieux de confinement. Charly Mintya, par exemple, est un précurseur dans ce domaine ; il a initié des ateliers avec des jeunes centrafricains, pensionnaires d’un camp de réfugiés au Sud du Tchad. Quant à Lucie Kabemba, elle a travaillé avec les réfugiés de Gbadolité dans son pays et Mamane Sani a mené des programmes de danse dans les camps de réfugiés de Diffa au Niger.

A côté de ces chorégraphes, il y avait des experts en droits humains et des spécialistes en sciences sociales qui les ont aidés à mieux cerner la vie de réfugié. Roxanne Mares, psychologue et danseuse a partagé avec l’aréopage sa quinzaine d’années d’expérience avec l’association MeliMél’ondes dans l’accompagnement de personnes en difficulté. Des représentants du Comité national des réfugiés (CONAREF) et un spécialiste de la question des droits humains ont entretenu les artistes sur la philosophie du Haut-Commissariat des réfugiés (HCR), ainsi que sur les codes de conduite pour travailler dans les camps. Un sociologue, Adama Boris Ouédraogo, a été le facilitateur dans la rédaction du guide, il lui a d’ailleurs échu la tâche de présenter à la fin de l’atelier, la méthodologie d’intervention artistique dans les camps de réfugiés.

Salia Sanou, très satisfait du déroulement des travaux, confie : « Ce projet d’une méthodologie de conduite des ateliers artistiques permettra aux chorégraphes interpelés par le problème des réfugiés de pouvoir intervenir dans les camps de façon efficace et structurante. On part avec un esprit de partage, on apporte la danse pour travailler les corps, pour aider à l’épanouissement des jeunes, créer un lien entre eux, restaurer l’espérance et les ouvrir à l’avenir ».

Comme un serpent qui danse

En même temps que s’élaborait le guide méthodologique, les chorégraphes ont préparé, avec une douzaine de jeunes réfugiés du camp de Mentao du nord du Burkina Faso, un spectacle qui a été joué à la clôture de la rencontre. Et dans l’après-midi du 1er mars, le public présent a eu droit à un spectacle édifiant donné par les jeunes réfugiés. Ils étaient chaperonnés par des danseurs professionnels, dont les chorégraphes ayant pris part à l’atelier.

Ce spectacle est une macédoine chorégraphique tant sont variées les danses servies aux spectateurs. En effet, les danseurs passent allègrement des ballets tamatchek, aux danses ondulatoires du Congo avant d’aller vers le  break dance. Ces jeunes garçons et filles courent sur scène, virevoltent, dansent et s’oublient dans le rythme, leurs jeunes corps vibrant d’une généreuse insouciance.

A part la jeunesse des réfugiés qui se devine à travers leur visage glabre et leur corps frêle, on ne les distingue pas des autres danseurs. Ils sont juste des danseurs, des jeunes hommes et des filles qui s’envolent,  défient la pesanteur, domestiquent la scène et soumettent ce petit territoire. Ils sont des partenaires en communion qui exécutent des figures et sculptent des monuments éphémères avec leur corps. A regarder les jeunes filles touareg exécuter avec beaucoup de grâce et de beauté les pas de danse de leur communauté, on songe aux vers du poème « Le Serpent qui danse » de Baudelaire: A te voir marcher en cadence / Belle d’abandon / On dirait un serpent qui danse /Au bout d’un bâton.

Quand, dans les battles, qui sont des défis entre groupes de danseurs, le plus jeune des réfugiés, Ag Abdoulahi Amiri, se lance dans un freestyle, une improvisation, sous les accompagnements bruyants de toute la salle, le public sent qu’il se passe quelque chose. Le spectateur suit ce corps frêle qui trace des arabesques sur la scène, tournoie avant de finir par une figure acrobatique, la tête en bas, les bras en croix et les jambes, l’une tendue, l’autre repliée et formant une sorte de triangle. Le final de ce solo déclenche des applaudissements ininterrompus.

Le garçon est porté en triomphe par toute la troupe. Juché sur les larges épaules d’un danseur, il semble découvrir subitement le public et les acclamations. Lentement, un sourire irradiant et large comme un soleil s’épanouit sur son petit visage. Il est heureux… Rien que pour ce sourire-là sur ce visage d’enfant, la danse démontre son importance dans les camps. Africalia l’a bien compris, elle dont le credo est « Creativity is life ». Ce qui justifie d’ailleurs son engagement dans cette initiative. Frédéric Jacquemin, Directeur général de cette organisation disait : « il faut une réponse culturelle à la situation extrêmement complexe et souvent dramatique des réfugiés dans les pays du Sahel et surtout de la jeunesse dans ces camps-là… On sait par rapport à la crise de sens de ces jeunes que la réponse culturelle est la solution à leur intégration dans la société, dans la vie du camp. Comme vous le savez, c’est la culture qui donne l’espoir. »

 

Saïdou Alcény BARRY