De jeunes danseurs du Zimbabwe viennent compléter leur formation en Belgique


Comment grâce à un programme de formation soutenu par Africalia « Dance Foundation Course » huit jeunes danseurs du Zimbabwe, accompagnés de la responsable de cette structure, Marie-Laure Soukaina Edom, sont venus parfaire leur formation en Belgique durant cet automne 2014 et y présenter un spectacle, fruit de précédents ateliers avec le talentueux chorégraphe bruxellois et sierra-léonais, Harold Georges.
Comment le programme concocté par Soukaina Edom et Georges, était d’une richesse et même d’une (...)

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Comment grâce à un programme de formation soutenu par Africalia « Dance Foundation Course  » huit jeunes danseurs du Zimbabwe, accompagnés de la responsable de cette structure, Marie-Laure Soukaina Edom, sont venus parfaire leur formation en Belgique durant cet automne 2014 et y présenter un spectacle, fruit de précédents ateliers avec le talentueux chorégraphe bruxellois et sierra-léonais, Harold Georges.

Comment le programme concocté par Soukaina Edom et Georges, était d’une richesse et même d’une audace. Tel l’atelier de Jelena Plasvic sur sa pratique hybride de danse contemporaine et de lutte ! Sans compter des ateliers de critique de danse ou même d’arts martiaux. Comment les jeunes Zimbabwéens n’ont eu de cesse de surprendre par leur enthousiasme, leur perspicacité, leur ouverture d’esprit. Et leur sens critique. Par exemple en voyant travailler les étudiants du « Performing Arts Research and Training Studios » à Bruxelles, l’un d’eux a considéré qu’ils « bougeaient mais ils ne dansaient pas… ».

C’est entre autres cette « confrontation à un tout autre univers » que voulaient les protagonistes de ce projet. Découvrez-le en lisant l’article De jeunes danseurs du Zimbabwe viennent compléter leur formation en Belgique d’Ayoko Mensah, partie à leur rencontre, ci-dessous ou en le téléchargant en pdf ici.


De jeunes danseurs du Zimbabwe viennent compléter leur formation en Belgique

Africalia soutient depuis plusieurs années au Zimbabwe un programme de formation professionnelle en danse contemporaine : le Dance Foundation Course (DFC). En octobre 2014, huit jeunes danseurs de ce programme se sont rendus en Belgique afin de parfaire leur formation et d’interpréter une pièce chorégraphique devant différents publics.

Ils ont entre 19 et 24 ans et sont en troisième et dernière année du programme de formation Dance Foundation Course, à Harare, la capitale zimbabwéenne. Ce programme, rattaché au Dance Trust Zimbabwe (DTZ) et soutenu par Africalia, forme depuis le début des années 1990 de jeunes Zimbabwéens au métier de danseur professionnel. Sa sixième promotion compte actuellement douze étudiants dont trois jeunes filles.

Horizons professionnels

Entre le 20 octobre et le 15 novembre 2014, huit d’entre eux se sont rendus en Belgique, accompagnés par la coordinatrice et directrice artistique du DFC, Marie-Laure Soukaina Edom, pour participer à un intense programme articulant deux volets : des ateliers de formation avec des professeurs renommés et une série de représentations de la pièce « Shadows », fruit de précédents ateliers donnés à Harare par le chorégraphe bruxellois d’origine sierra-léonaise, Harold George[1].

« Ici, nous nous sentons comme des professionnels. Le fait de danser sur des scènes européennes, devant des publics inconnus, entraîne une forte pression. Nous enrichissons aussi beaucoup notre expérience avec les différents professeurs qui nous donnent cours ». Ndomupeishe Chipendo, 19 ans, est la plus jeune du groupe. À l’instar des autres étudiants, elle ne cache pas son enthousiasme et sa satisfaction de participer à ce programme en Belgique. Pour six des jeunes danseurs, cette venue marque leur premier voyage en Europe.

« C’est important pour nous, qui nous apprêtons à devenir danseurs professionnels, de pouvoir découvrir d’autres contextes, d’autres réalités. Ici, en Belgique, la danse me semble plus respectée qu’au Zimbabwe. Le public s’y intéresse davantage mais la compétition est féroce », poursuit Victor Peturo, 22 ans. Les huit étudiants sont unanimes : non seulement ce programme en Europe leur permet d’élargir leurs horizons artistiques et professionnels mais il renforce également leur confiance en eux et valorisera leur image auprès du public zimbabwéen.

Trois ateliers complémentaires

Conçu par le chorégraphe Harold George et Marie-Laure Soukaina Edom, dans la continuité de leur collaboration artistique et pédagogique, le programme de formation à Bruxelles a articulé plusieurs rencontres, échanges et sorties culturelles autour de trois ateliers principaux. Ceux-ci ont comporté une série de cours donnés par trois professeurs : Jelena Plasvic, Michèle Swennen et William Bobongo. « Je les ai choisis pour leur complémentarité et leur renommée, souligne Harold George. Jelena Plasvic est à la fois chorégraphe et artiste visuelle. Sa pratique hybride de la danse contemporaine intègre des éléments des arts martiaux chinois. Michèle Swennen est l’une des pédagogues les plus renommées de la technique Limon[2]. Elle collabore avec les plus grandes compagnies internationales de danse contemporaine. Enfin, William Bobongo, assistant chorégraphe au sein de la compagnie que j’ai fondée, Dunia Dance, a une expérience internationale très diversifiée : de la danse contemporaine au jazz en passant par la danse africaine. Il est d’origine congolaise. C’est important pour moi de montrer aux danseurs de DFC que le monde de la danse est vaste. Il ne s’arrête ni à l’Afrique ni à l’Europe. Ce que l’on peut appeler « la danse noire » est très développée aux Etats-Unis. »

Outre ces ateliers, les huit danseurs ont suivi des cours de pilates et de yoga, une session de formation assurée par le chorégraphe d’origine camerounaise Zam Ebalé ainsi qu’une masterclass de chant donnée par la célèbre chanteuse d’origine ivoirienne Dobet Gnahoré. Harold George a, quant à lui, dirigé les répétitions de la pièce qu’il a chorégraphiée « Shadows » et proposé deux cours théoriques. « J’ai montré aux étudiants des vidéos, notamment de danse noire aux Etats-Unis, et nous avons longuement discuté des différents types de danse et de leur histoire. Nous avons aussi abordé la question centrale de la critique de danse », précise-t-il.

Confrontation d’univers

Autres temps forts du programme des étudiants : leur déplacement au festival Biennale Passages fondé par le chorégraphe d’origine béninoise Dan Tchekpo Agbetou à Bielefeld, en Allemagne, et leur rencontre et échanges avec des étudiants de P.A.R.T.S (Performing Arts Research and Training Studios)à Bruxelles.

P.A.R.T.S s’imposait comme un passage obligé pour les danseurs de DFC. Pouvaient-ils venir à Bruxelles sans visiter ce haut lieu international de formation en danse contemporaine, fondé par la compagnie de danse Rosas et le Théâtre de la Monnaie et dirigé par la chorégraphe Anne Teresa De Keersmaeker ? La visite et la rencontre ont donc eu lieu le 13 novembre. Après une visite du bâtiment, les danseurs du DFC ont pu rencontrer et voir travailler des élèves de deuxième année avant de suivre un cours de danse contemporaine avec un professeur de l’institution.

Confrontation à un tout autre univers. La jeune Ndomupeishe résume : « Pour moi, les étudiants de P.A.R.T.S bougeaient mais ils ne dansaient pas. Ils ne dansaient pas avec leur cœur et leur âme. » Harold George analyse : « Globalement, le groupe n’a pas aimé ce qu’ils ont vu à P.A.R.T.S. Ce qui n’est pas étonnant. C’est le summum du contemporain en Europe… ce n’est pas leur histoire. Cette forme leur reste en grande partie étrangère. » Cette confrontation à de nouveaux univers demeure toutefois une dimension essentielle. « Exposer les danseurs à des manières innovantes de créer et de danser est crucial pour stimuler leur créativité, insiste Marie-Laure Soukaina Edom. Il y a beaucoup d’éléments que nous travaillons déjà à Harare, comme le Limon, le relâché, le pilates ou encore le yoga mais ici les étudiants les abordent de façon nouvelle, moins scolaire. Cela leur permet d’aller plus loin. Bien que le curriculum du DFC soit assez complet, il est difficile en trois ans d’asseoir non seulement la technique moderne et contemporaine mais aussi d’encourager une grande créativité. Pourtant celle-ci sera un élément clé si les danseurs choisissent un jour de faire un travail de création qui leur permettra de gagner leur vie. »

Leur venue en Europe et leur confrontation à de nouveaux univers auront également permis aux danseurs de prendre davantage conscience de leurs points faibles et de leurs atouts. Michèle Swennen, pédagogue de grande expérience, souligne ainsi leur potentiel : « les danseurs du DFC possèdent des qualités qui manquent beaucoup en Europe : l’énergie positive et la générosité. Ils sont également extrêmement attentifs. J’espère qu’ils vont continuer à garder leur fougue tout en continuant à progresser techniquement. Pour moi, c’est un grand cadeau d’avoir pu travailler avec eux. J’ai l’impression d’avoir semé des graines qui vont continuer de pousser… »

Pour les étudiants comme pour les formateurs, le bilan de ce programme s’avère donc largement positif. « Nous avons le droit de voyager pour mieux nous former », martèle en souriant Diana Chiukuse Chitsamba, 20 ans. En Shona, l’une des principales langues du Zimbabwe, « nouvelle génération » se dit « Rudzi Runouya ». Celle qui sortira du DFC l’an prochain, diplôme en poche, semble désormais décidée à conquérir le monde.
Ayoko MENSAH

[1] Egalement fondateur de la compagnie Dunia Dance (www.duniadance.net/fr/#dunia).

[2] Technique créée par José Arcadio Limon, chorégraphe et pédagogue américain d’origine mexicaine, décédé en 1972.